Les comtes de Provence (948-1245)

Avènement des comtes de Provence (948-973)

A la mort d'Hugues d'Arles en 948, Conrad le Pacifique, fils de Rodolphe II, éclate la Provence en trois et nomme :

  • Boson, comte d'Arles,
  • Guillaume, comte d'Avigon
  • et Griffon, comte d'Apt.

Guillaume et Boson éliminent Griffon puis Guillaume meurt sans enfant. Boson réunifie ainsi l'ancien comté d'Arles qui devient le comté de Provence. Boson décède en 968. Ses fils Rotboald Ier et Guillaume Ier (Guilhem) se partagent le comté en indivision, qui sera maintenue par leurs descendants. La branche issue de Rotboald donnera celle des comtes de Toulouse - marquis de Provence -, celle issue de Guillaume donnera les comtes de Barcelone - comtes de Provence - et des comtes de Forcalquier.

En 973, à la suite de l'enlèvement de Mayeul, abbé de Cluny, Guillaume Ier et Roubaud (Rotboald), avec l'aide de seigneurs provençaux et du marquis de Turin, libèrent la Provence des Sarrasins qui depuis le massif des Maures (au-dessus de Saint-Tropez) pillaient la région. Ce succès assoit la position de Guillaume et Roubaud: Conrad leur accorde le titre de marquis. La Provence devient dès lors une principauté indépendante.

Les patrimoines de la haute aristocratie provençale finissent de se constituer entre 973 et 1018. Ils s'agrandissent des terres libérées par l'expulsion des Andalous. Les comtes de Provence arbitrent les conflits de partage entre les seigneurs provençaux.

La révolte de Pons de Fos (1018)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tr%C3%AAve_de_Dieu

La Trêve de Dieu (vers 1041)
Après 1020 le pouvoir des comtes est très réduit. Les guerres entres seigneurs ainsi que les pillages sont nombreux. Les évêques tels Raimbaud d'Arles et Léger de Vienne décident alors de promouvoir la Trêve de Dieu. Des conciles ont lieu à Narbonne en 1043 et 1054 pour préciser son contenu.
La Trêve rappelle des dispositions anciennes comme l'immunité des terres d'Eglise, l'inviolabilité des églises, l'interdiction aux clercs de porter les armes, la protection des paysans et des troupeaux et l'interdiction du travail dominical.
La Trêve introduit une mesure très audacieuse: l'interdiction aux chevaliers de porter les armes pour une période déterminée, en fonction du calendrier chrétien. La guerre n'est plus autorisée que 80 jours répartis tout le long de l'année.
Aussi, les sanctions prévues par la trêve sont très lourdes.

Entre 1018 et 1023, un important conflit assène un coup décisif à la puissance des comtes. Le marquis a confié la garde de la tour de Fos à Pons de Fos qui, en 1018, ne consent plus à le remettre à Guilhem II. Aidés du vicomte de Marseille, les guerriers du marquis de Provence récupèrent la forteresse mais Guilhem II est tué et Fouques de Marseille grièvement blessé.

Les grands profitent de la faiblesse du pouvoir comtal - Fouques Bertrand, fils de Guilhem II, a cinq ans - pour s'en prendre aux propriétés ecclésiastiques: il chassent l'évêque d'Apt et pillent les prieurés provençaux de Cluny.

Le ban ou le pouvoir coercitif et répressif de commander et de punir, de lever des troupes armées, de percevoir des taxes et d'obliger tout homme libre à travailler dans des tâches d'utilité publique descend encore d'un niveau. Des mains de l'empereur, il est passé à celles du roi de Bourgogne autour de 879; il devient l'apanage des marquis de Provence dès 972, qui en perdent, au lendemain de 1018, largement l'usage au profit des familles aristocratiques.

La réforme grégorienne (1057-1095)

http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9forme_gr%C3%A9gorienne

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A9goire_VII

http://fr.wikipedia.org/wiki/Premi%C3%A8re_croisade

A la fin des années 1050, la Provence devient l'un des premiers champs de bataille de la réforme dite grégorienne. Le pape Nicolas II, en 1059, avait condamné non seulement la simonie, mais aussi et surtout toute investiture laïque.

Dès 1057, Hildebrand - qui deviendra plus tard le pape Grégoire VII - tient un concile à Vienne contre la simonie et le nicolaïsme. L'évêque d'Embrun, présent, avoue la simonie: il est immédiatement déposé. Le nouvel évêque est alors nommé par le pape et non plus par les comtes de Provence. Cette procédure va être employée à plusieurs reprises et, vers 1065, la situation des évêchés de Provence paraît rétablie : les évêchés d'Arles, d'Embrun, Gap, Sisteron et Riez sont occupés par des réformateurs.

A la fin du XIe siècle, les Grégoriens ont réussi, par la menace ou la persuasion, à mettre des réformateurs à la tête de presque tous les évêchés provençaux. Ces évêchés ne feront plus jamais partie du patrimoine des familles provençales qui seront bientôt davantage occupées par les croisades.

En 1095, le pape Urbain II prêche la première croisade, vue comme moyen d'unifier la chrétienté occidentale sous l'autorité pontificale. L'évêque du Puy, Adhémar de Monteil sera le directeur spirituel et Raimond IV de Toulouse en assurera le commandement militaire. Parallèlement, il encourage la Reconquista ou reconquête de l'Espagne occupée par les Maures. Dans un monde féodal où les rapports de puissance se jouent par la force, la guerre sainte permet à la chevalerie d'aller faire la guerre ailleurs. La croisade est une tentative de pacification et une continuation de la Réforme grégorienne sur l'émancipation du pouvoir religieux de celui des clercs.

Les trois branches: comtes de Toulouse, Barcelone et Forcalquier

La généalogie des comtes de Provence permet de mieux comprendre la suite ...

En 1019, Emma de de Provence, se marie à Guillaume III Taillefer, comte de Toulouse, transmettant les droits de la lignée de Roubaud à la maison de Toulouse. En 1112, Douce de Provence, héritière des droits de la ligne de Guilhem, épouse Raimond-Bérenger III, comte de Barcelone.

Le conflit pour le marquisat aboutit à un partage en 1125 entre Raimond-Bérenger III et Alphonse-Jourdain de Toulouse. Le marquisat au nord de la Durance est dévolu aux Toulouse et le comté au sud revient aux Barcelone.

Cet accord oublie Azalaïs de Provence qui a pris le nom de Forcalquier à partir de 1110. Mais les croisades du comte de Toulouse éloignent ce dernier de ses terres provencales et Azalaïs étend son territoire dans les régions de Forcalquier et d'Avignon.

Le renouveau économique accroit la puissance des villes. Des consuls apparaissent à Avignon (1129), Arles (1131), à Tarascon, Nice et Grasse entre 1140 et 1155, à Marseille en 1178. Ces consulats, associations jurées dominées à l'origine par les chevaliers, dessaisissent la justice seigneuriale d'une partie de ses attibutions.

La réunification des comtés de Provence et de Forcalquier

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alphonse_II_de_Provence

http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond-B%C3%A9renger_V_de_Provence

Les comtes de Barcelone assurent ensuite la stabilité de la frontière rhodanienne et du Languedoc. La paix entre Alphonse Ier et Raimond V est conclue le 18 avril 1176 sur l'île de Jarnègues. Les parties s'engagent à respecter les frontières délimitées par le traité de septembre 1125. Alphonse Ier va ensuite renforcer sa domination à l'est du comté dont Aix devient, de fait, la capitale.

Par le traité d'Aix de 1193, Alphonse II de Provence, de la maison de Barcelone, épouse Gersande de Forcalquier. Il meurt en 1209, ce qui provoque une période de troubles avec la maison de Sabran. En 1222, leur fils Raimond-Bérenger IV de Provence parvient à assurer sa situation politique et réunit les comtés de Provence et de Forcalquier. Il n'hésite pas à se joindre à la croisade contre les Albigeois et soumet les consulats d'Arles et de Marseille qui créaient des troubles dans le comté.

Pour gouverner, Raimond Bérenger s'appuie sur un petit groupe de fidèles, principalement des chevaliers catalans, tels Romée de Villeneuve, investis du gouvernement de quelques grandes circonscriptions, les baillies.

Dans les villes, des confrèries remplacent les podestats et consulats, à partir de 1230. Ces associations menées par de vieilles familles, comme les Porcelet à Arles, sont hostiles au pouvoir épiscopal, pour des raisons essentiellement territoriales. Raimond Bérenger, aidé de partisans comme les mascarats à Marseille, prend le de parti l'Eglise et aura le dernier mot. A la fin de son règne, ce sont ses viguiers qui gouvernent la plupart des villes en Provence.

Les guerres baussenques (1144-1162)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerres_Baussenques

Dans le même temps Stefania, la soeur de Douce, a épousé Raimond des Baux. Pour des raisons successorales et soutenue par les Toulousains, le comte de Foix et les gênois, la maison des Baux s'oppose à la maison de Barcelone entre 1144 et 1162. Dans un premier temps, la coalition contre le comte Bérenger-Raimond lui est fatale, malgré le soutien des chevaliers d'Arles. Dès 1147, le frère du comte assassiné, Raimond-Bérenger, vient en Provence et mène une campagne efficace. Ces guerres baussenques se terminent par la destruction du château des Baux. Frédéric Barberousse, qui possède encore d'une autorité théorique de suzerain, choisit le camp du vainqueur en donnant sa nièce à Raimond Bérenger III, de la maison de Barcelone.

La croisade contre les Albigeois (1208-1229)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Croisade_des_Albigeois

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_d%27Arles_%C3%A0_l%27%C3%A9poque_m%C3%A9di%C3%A9vale

http://fr.wikipedia.org/wiki/Catharisme

La foi cathare
La religion cathare est une religion dualiste dérivée du christianisme qui ne retient que le nouveau testament.
C'est en Bulgarie que prit corps , vers 950, le mouvement doctrinal dont devait être issu le catharisme occitan. Sous l'impulsion d'un pope nommé Bogomil, une Eglise se constitua et posa comme axiome qu'un Dieu bon n'a pu vouloir le Mal, ni créer les conditions qui permettent au Mal de se manifester.
Les cathares croient qu'il y a deux créations: l'une bonne (le Ciel) et l'autre mauvaise (la Terre). Toute la morale cathare découle de l'opposition des deux créations. La vertu consiste à tenter de se détacher de toutes les emprises du Malin, et de vaincre toutes les tentations qui s'attaquent à l'âme: mensonge, haine, violence, pensées mauvaises.
Elle s'oppose à certains éléments de la foi chrétienne: Dieu n'a pas fait les choses visibles, l'hostie consacrée n'est pas le corps du Christ, le baptême par l'eau et le sacrement du mariage sont inopérants pour le salut, les corps ne ressusciteront pas.

La croisade contre les Albigeois, qui dure 20 ans (1208-1229), va permettre au royaume de France d'étendre sa sphère d'influence jusqu'au Midi-Pyrénées et au Languedoc.

Au cours du XIIe siècle, le catharisme apparait en Occitanie. En plus de différences importantes dans la foi, c'est préoccupant pour l'Église, car c'est une véritable contre-église qui se développe en terre chrétienne. Quand Raimond VI de Toulouse succède à son père en 1194, l'hérésie est tellement bien implantée qu'il ne peut rien faire contre les cathares sans susciter des révoltes de ses comtés. En 1207, il refuse de prêter serment et de se soumettre à la paix que cherche à imposer partout dans le Midi le légat Pierre de Castelnau: il est excommunié par le pape Innocent III en janvier 1208. Quelques jours plus tard, Pierre de Castelnau est assassiné et Innocent III décide alors d'une expédition contre les cathares, appelée la croisade contre les Albigeois.

Après la victoire du légat Arnaud Amaury sur Raimond-Roger Trencavel, vicomte de Béziers, de Carcassonne et d'Albi, Simon de Montfort accepte de reprendre les vicomtés de Trencavel pour continuer la lutte contre les cathares. S'ensuivent des luttes entre le comte de Toulouse, le comte de Foix et le comte de Comminge - sous la protection du roi d'Aragon - d'un côté et Simon de Montfort de l'autre. Pierre II d'Aragon meurt à la bataille de Muret en 1214. À la suite du concile de Latran, le pape Innocent III décide le 15 décembre 1215 d'attribuer définitivement le marquisat de Provence à Raimond VII de Toulouse, fils de Raimond VI, et le comté de Toulouse, les vicomtés de Carcassonne et de Béziers et le duché de Narbonne à Simon IV de Montfort. Dès 1216, les hostilités reprennent avec l'entrée de Raimond VII de Toulouse dans Beaucaire. En 1218, après le décès de Simon de Montfort devant Toulouse, le pape Honorius III se remet à prêcher une nouvelle croisade. Le roi Philippe Auguste accepte d’envoyer son fils Louis pour intervenir en Occitanie.

Ruiné, Amaury de Montfort abandonne ses droits en Languedoc au roi de France. En 1226, Raimond VII est excommunié et Louis VIII assiège Avignon qui capitule. Un an après, Grégoire IX prend la succession d'Honorius III et a besoin de se concentrer sur son conflit avec l'empereur Frédéric II. Le Traité de Paris est signé le 12 avril 1229. Raimond de Toulouse fait pénitence devant Notre-Dame de Paris, il est confirmé comme comte de Toulouse, mais donne Jeanne, sa fille unique, en mariage à Alphonse de France, frère du roi.

En 1233, le pape Grégoire IX adresse une circulaire aux prieurs et Frères de l'Ordre des Prêcheurs - les dominicains - de Bourges, Bordeaux, Narbonne et Auch. Il leur confie la poursuite de l'hérésie. L'inquisition est née. En 1244 un coup important est porté au catharisme occitan avec la reddition de Montségur suivie d'un immense bûcher, mais il faudra près d'un siècle à l'inquisition pour en venir à bout.

Le dernier parfait connu, Guillaume Bélibaste, sera brûlé à Villerouge-Termenès, dans les Corbières, en 1321.

Raimond-Bérenger V et ses quatre Reines

Les quatre filles de Raimond-Bérenger V de Provence sont mariées respectivement :

A la mort de son père en 1245, c'est Béatrice qui reçoit en héritage les deux comtés de Provence et Forcalquier. Les prétendants sont nombreux:

  • le comte de Toulouse Raimond VII attend en vain du pape Innocent IV la dispense apostolique qu'exige sa parenté.
  • Frédéric II adresse une ambassade appuyée par l'envoi de vingt galères en Provence pour son fils Conrad IV, roi de Germanie.
  • Le roi d'Aragon, Jacques le Conquérant, menace Aix avec des hommes d'armes pour imposer la candidature de son fils Pierre.

Innocent IV règlent la question du comté de Provence lors de l'entrevue de Cluny, fin 1245. Charles, promptement muni d'une dispense au quatrième degré, épouse Béatrice le 31 janvier 1246.

Conformément au traité de Meaux-Paris de 1229, à la mort d'Alphonse de Poitiers, en 1271, le marquisat de Provence passe au roi de France Philippe III. Dès 1274, il le cède au pape Grégoire X pour devenir le Comtat Venaissin. A la fin du XIIIe siècle, le roi de France a pris le pas sur le roi d'Aragon, à qui il ne reste plus que le Roussillon au nord des Pyrénées. Ses vassaux sont passés sous la suzeraineté du roi de France ou ont eu leurs domaines annexés. Saint-Louis a racheté le Gévaudan en 1258. Enfin, le comté de Provence est passé par mariage à Charles d'Anjou, son plus jeune frère.